Un proverbe se rattache à notre ville:
'Avoir l'air de revenir de Pontoise'.
Son histoire est incertaine mais une chose est sûre, c'est un proverbe Pontoisien.
Les uns le disent d'un homme surpris, effaré ; les autres d'un niais ; ceux-ci d'un personnage qui ignore ce que tout le monde sait ; ceux-là d'un individu qui se contredit, qui bredouille, qui fait des mystères ou des quiproquos. Il y en a même qui disent, non pas : Comme en revenant, mais : Comme un revenant de Pontoise. Autant de gens, autant de sentiments. Ce qu'il y a de certain, c'est que ce proverbe se rattache à un fait vrai, et que ce fait, l'histoire de Pontoise le fournit nécessairement.
M. Quitard, dans son Dictionnaire des proverbes, donne à celui-ci l'interprétation suivante :
Dans le temps de la féodalité, il y avait à Pontoise un seigneur ombrageux et cruel qui se faisait amener les étrangers passant par cette ville, et les soumettait à un interrogatoire, après lequel il les renvoyait ou les retenait prisonniers, selon qu'ils y avaient bien ou mal répondu. Comme ces pauvres voyageurs étaient toujours intimidés et déconcertés par les questions et les menaces d'un pareil tyranneau, l'on en prit occasion de dire par comparaison : Avoir l'air de revenir de Pontoise, ou conter une chose comme en revenant de Pontoise, en parlant des gens dont les idées sont un peu troublées et confuses, embrouillées, même un peu niaises.
Une autre explication est proposée.
En 1634, une maladie contagieuse se déclara dans la ville. Mais cette fois, elle ne fit que prendre, pour ainsi dire, connaissance des lieux, et marquer ses victimes pour une prochaine visite. Elle revint quatre ans après, et fit de grands ravages. Ceux qui avaient fui, et c'était le plus grand nombre, s'étaient réfugiés dans les contrées voisines ; ceux qui restèrent périrent presque tous, et la population fut, dit-on, réduite à une centaine d'habitants. Vers la fin d'octobre, le fléau cessa. Mais il gagna le pays d'alentour. Il y fit toutefois peu de victimes; il avait épuisé sa fureur à Pontoise. La ville prit les mesures les plus sévères pour qu'il n'y rentrât plus. Dix ans après, on exigeait encore de tout étranger qui y arrivait un certificat constatant qu'il ne venait pas d'un pays infecté, et sur le vu de ce certificat on lui permettait de demeurer.
Deux raisons, dans cet événement, pourraient faire croire qu'il a donné lieu au proverbe.
La première, c'est que, ayant eu si peu de gens qui aient échappé au fléau, personne sans doute n'en fut plus étonné qu'eux. Ils étaient mal revenus de la peur; ce sentiment dut se peindre sur leur visage, altéré d'ailleurs par l'influence du mal ou par les luttes soutenues contre lui; il leur donna cet air d'hébétés, de spectres, de revenants, propre aux gens miraculeusement sauvés de la mort, et qui se tâtent longtemps après pour s'assurer qu'ils sont bien vivants.
La seconde raison, c'est que le certificat exigé par les maires et échevins de Pontoise n'était pas seulement une mesure de précaution, mais une mesure analogue à celle que n'avaient pas manqué de prendre les cités voisines contre ceux qui reviendraient de Pontoise, tant que le fléau y sévirait. Pour peu qu'alors, en arrivant dans une de ces villes, on n'eût pas l'air bien portant ou l'air bien assuré, on était pris pour un revenant ou un homme qui revenait de Pontoise, et ou l'on était chassé, ou l'on trouvait portes closes.
On dit toujours fort bien, pour marquer notre surprise ou celle d'autrui: 'Je n'en reviens pas!!!'
Mais d'où revenez-vous donc???
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